Dans l’ombre du silence

Reportage réalisé en avril 2020 sur le fonctionnement des pompes funèbres pendant la crise du coronavirus

Alors que la crise du COVID-19 fait rage partout dans le monde et que l’heure est au confinement, certains corps de métier se doivent de continuer et de répondre présents.

Les entreprises de pompes funèbres sont sur le devant de la scène durant cette crise. Avec une augmentation importante de leur activité, ils doivent répondre aux besoins des familles malgré d’importantes restrictions. Le travail réalisé par les équipes du pôle funéraire public de Lyon est fondamental. Le personnel accompagne les familles du mieux qu’ils le peuvent avec professionnalisme.

Les équipes du pôle funéraire sont confrontées de près à ce virus puisqu’elles se rendent dans les hôpitaux, les EHPAD, aux domiciles… Equipés, ils travaillent dans des conditions pénibles. A les écouter, on comprend qu’ils sont très frustrés de ne pas pouvoir exercer leur métier dans de meilleures conditions afin de pouvoir accompagner les familles dans les différentes étapes qui vont suivre.

Responsable des chambres funéraires de Lyon, Corbas, et Villeurbanne, Gladys travaille dans le funéraire depuis 1999 et plus spécialement au pôle funéraire public depuis décembre 2017. Après un BAC PRO service à la personne, on lui a proposé de venir travailler dans ce milieu. « Je l’ai pris comme une opportunité pour me faire une première expérience professionnelle ». Le hasard a voulu qu’elle vienne y travailler, et elle y est restée. Elle s’est aperçue que « le fait d’aider les familles à passer cette douloureuse épreuve » était gratifiante. « Un merci d’une famille et notre travail prend tout son sens. On est là pour les aider, les accompagner dans la partie technique, administrative et souvent psychologique, est important. Ils se confient, on les écoute. Il y a beaucoup d’émotions derrière. »

Pour Gladys, mais également pour les équipes, le COVID-19 a rendu leur travail plus compliqué, voire même frustrant. « Avec toutes ces restrictions, on ne peut pas offrir aux familles ce qui fait le fondement de notre métier. »

Pour tout le personnel, La surcharge de travail liée au respect des nouvelles dispositions les épuise.

Catherine Regnies est directrice du crématorium de Lyon depuis 2018 et dans le milieu funéraire depuis 25 ans. Dans ses missions, elle doit s’assurer que tout se passe bien en termes de sécurité sanitairepour le personnel et les familles.

« La mort est tabou en France. La crémation n’est encore pas entrée dans les habitudes, elle ne représente que 30 % au niveau national et 50 % dans les agglomérations. Il y a une méconnaissance  du monde des crématistes. Quand les gens arrivent dans le cimetière, ils pensent qu’on a tout organisé pour eux et qu’ils ne peuvent pas prendre d’initiative, alors que nous sommes là pour suivre ce qu’ils ont envie de faire. »  

« La crise prive les familles de leur deuil, on a interdit l’accès au crématorium pour éviter les risques de contamination. Si on devait  désinfecter entre chaque crémation, on ne pourrait pas toutes les faire.

On est dans la prudence, mais il faut trouver des solutions pour que les familles puissent faire une sorte de cérémonie chez nous pour faciliter le travail du deuil ».

« Pour nous la remise de l’urne aux familles est un moment très important, nous avons tout un protocole pour cela qu’on ne peut plus respecter actuellement. On refuse de leur remettre sans ce cérémonial, ça ne serait pas humain. On préfère garder les urnes pendant le confinement pour pouvoir les remettre aux familles après la crise, dans de bonnes condition ».