Album // L'or de Bantaco

L'or de Bantaco
Description

Un reportage sur l'extraction de l'or d'une manière artisanale au Sénégal dans la région de Kédougou. Des conditions extrêmement difficile pour un résultat minime. Ces hommes de l'ombre à la recherche de lumière.

Consulter le reportage

L'or de Bantaco

Bantaco est un des très nombreux villages disséminés dans la brousse dans la région de Kédougou au Sénégal tout proche de la frontière du Mali, de la Guinée, et de la Guinée-Bissau. Cette région est un véritable carrefour pour les différentes populations de passage au Sénégal. Il y a plusieurs décennies, Bantaco ne comptait que trois cents habitants alors qu'ils sont aujourd'hui près de quatre mille, Cette croissance s’explique par la découverte dans le sous-sol du village d’un précieux minerais : l’or.

L'extraction de l'or se fait de manière artisanale, à l'échelle de la famille au mépris des règles élémentaires de sécurité et de protection de l'environnement. Pour descendre dans la mine, une simple corde et la force des bras. En bas le boyau est si étroit qu'un seul homme peut y travailler, le dos adossé à la paroi, avec pour seule lumière celle de sa frontale. C'est à la force des bras que les morceaux de roches sont remontés à la surface où d'autres bras s'en saisiront pour les concasser, les réduire en poudre, les mélanger à l'eau, puis à l'aide du mercure séparer enfin le précieux minerai de la roche

Bantaco est une immense fourmilière qui résonne toute la journée du cliquetis des coups de marteau et de burin donnés dans la roche. Le soleil implacable, ne laisse aucun répit aux organismes fatigués.

Couverts de poussière, les hommes et les femmes de Bantaco s'activent pourtant pour récupérer les quelques grammes d'or qui leur serviront tout juste à assurer la dépense quotidienne et l'achat des denrées de première nécessité. S'ils continuent à mener une vie de forçat des temps modernes sous cette chape de plomb, c'est que le rêve est là, omniprésent, celui de découvrir le bon filon, qui les rendra riche, leur permettra de construire une maison en dur et d'acheter une voiture, luxe suprême.

Cassa était mon guide, issu d'une famille de mineur, mineur lui aussi, depuis son plus jeune âge. Sa famille a eu la chance de remonter plusieurs centaines de grammes d'or d'un coup, il y a quelques années. Cassa est la preuve vivante que ce rêve peut devenir réalité, il a une maison, une voiture, et fait aujourd'hui travailler des mineurs pour son compte. L'espoir fait vivre à Bantaco

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Le village de Bantaco est isolé dans la brousse, à quarante kilomètres de Kédougou, chef lieu de la sous-région. Les habitants y vivent principalement dans des cases en paille.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Bien qu’elle ne fasse que quelques kilomètres, la piste qui sépare le village des mines est interminable. C’est sous un soleil de plomb que les habitants du village se rendent à pied sur leur lieu de travail.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Un paysage apocalyptique nous attend au bout du chemin : la mine se présente sous la forme d’une succession de trous dans le sol dont la profondeur varie entre dix et vingt cinq mètres. Les mineurs font relâche le lundi et le vendredi et aussi lorsqu’un décès survient au village. Ce jour là, c’est un guinéen de trente ans qui était enterré.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

La vigilance est de mise sur le site pour ne pas tomber dans un trou ni gêner les mineurs qui travaillent comme des forçats. Pour détecter les bons filons, un trou est creusé sur quelques mètres, s’il s’avère prometteur, un autre est creusé plus loin en profondeur avec des galeries qui vont du nord du sud dont certaines font jusqu’à deux kilomètres de long.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

La descente est très dangereuse et se fait pieds nus, à la corde, en prenant appui contre la roche ou des rondins très glissants. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce sous terre, le brouhaha de la surface s’estompe pour disparaître totalement et faire place à un silence oppressant.
Une concession emploie quinze personnes : huit qui descendent dans la mine, quatre qui restent en surface pour remonter les sacs de pierre, une responsable du matériel, une de la nourriture et une dernière des conditions de vie au village.
Le travail se fait par équipe : deux mineurs au fond de la mine, deux autres en surface pour remonter la pierre. Après deux heures de travail éreintant, d’autres prennent le relais.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Au fur et à mesure que la mine est creusée, des trous sont faits à la barre à mine dans la roche pour permettre de poser le pied lors de la descente.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Une largeur d’épaule, c’est là toute la place qu’a le mineur pour casser la roche pendant deux heures par plus de vingt cinq mètres de profondeur. La poussière vole, provoquant toux et irritation. A la fatigue s’ajoute le risque de créer un éboulement pouvant entraîner la mort.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Deux coups sur la corde, c’est le signal pour remonter le sac de pierre. Les deux tireurs remontent les cailloux sur plus de 20 mètres. Ils sont parfois très jeunes, moins de 15 ans qui arrêtent l’école dans l’espoir de faire fortune. Un service d’ordre, propre au village, assure la surveillance de ces précieux sacs qui seront ensuite tirés au sort entre les travailleurs d’une même concession.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Le midi, pendant la pause, tout le monde mange sur place les plats préparés par les femmes qui travaillent autant aux « cuisines » qu’à remonter les pierres. Trop de fatigue, trop de soleil, l’hygiène est oubliée, le repas se prend les mains couvertes de poussières, les besoins naturels sont faits dans la nature, à la vue de tous. Les problèmes de santé sont nombreux : diarrhées, toux, palus, bilharziose, parasitose…

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Une fois les sacs ramenés au village, commence alors le minutieux concassage des pierres en petits morceaux à l’aide d’une massue dans un cercle de chiffons. Les graviers seront ensuite pilés pour être transformés en poussière.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

La poussière est ensuite lavée dans un toboggan de moquette où les particules d’or, plus lourdes que la poussière de roche seront emprisonnées entre les fibres.


Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Les moquettes sont à leur tour plongées dans un bac d’eau et de mercure où l’or va s’agglomérer au mercure qui est manipulé à mains nues, sans aucune protection.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Après de nombreux rinçages faits à la main, la poussière d’or et le mercure vont s’agglomérer. La « boulette » obtenue est mise dans un chiffon pour en extraire les dernières gouttes d’eau.
La boulette de mercure sera brûlée pour en extraire l’or. L’opération se fait dans une petite pièce, au mépris des vapeurs de mercure, dangereuse, qui seront inhalées.

Sénégal mine Or Extraction Bantaco Reportage

Le voilà, enfin… Il est là, devant nos yeux, le gramme d’or extirpé à la roche capricieuse après combien d’heures de souffrance. Il sera acheté sur place a 33 euros pour être revendu à Bamako, capitale du Mali, puis sur le marché international à environ 42 euros. C’est un or pur à 75 % environ, de 18 carats, de bonne qualité.